Anachronisme. Pour mieux voir le déjà-là robuste de notre monde, et le faire advenir, il est parfois utile de se projeter dans l’avenir et avoir un regard rétrospectif sur l’absurdité de notre monde contemporain suroptimisé. Un peu comme quand on regarde aujourd’hui des vieux films avec des fumeurs dans les avions.
Alors est-on aujourd’hui dans un environnement obsolète sans le savoir ?
Bien sûr ! Florilège:
Cette liste est loin d’être exhaustive. Le monde d’après est déjà là. Alors qu’attend-on pour le faire émerger ? Ce qui nous parait naturel aujourd’hui est en fait ringard depuis bien trop longtemps. On aimerait que les régulateurs utilisent cette approche de « future design ». Mais rien ne nous empêche d’anticiper individuellement, ou collectivement dans les territoires. Dans un monde devenu obsolète, anticiper ne demande pas d’accélérer, mais plus simplement de dérailler d’un présent fantasmé.
Alors est-on aujourd’hui dans un environnement obsolète sans le savoir ?
Bien sûr ! Florilège:
- Des trajets en avion moins chers que les mêmes trajets en train
- De la nourriture ultra-transformée moins chère que des produits frais locaux
- Des monocultures de colza ou de blé sans arbre, sans haie (contre l’agroforesterie qui émerge)
- Des villes qui sont optimisées pour évacuer l’eau, y compris en période de sécheresse (contre les villes éponges qui arrivent)
- Des fermes centralisées de panneaux solaires dans des lieux déforestés (le premier intérêt du panneau solaire, c’est sa décentralisation)
- Des (auto)routes remplies de voitures avec une seule personne à bord (voir l’essor des voitures partagées)
- Des centre-villes congestionnés par des bouchons (voir l’exemple de Ponte Vedra, piétonnière, en Espagne)
- Des objets soumis à l’obsolescence programmée, y compris les satellites Starlink qui durent entre 3 et 5 ans (voir la pérennité programmée, l'économie de la fonctionnalité)
- Du transport de vêtements bas de gamme en avion cargo (seules les denrées périssables, par exemple en cas de crise humanitaire, justifient le transport en avion cargo)
- Des jets privés avec des hommes d’affaires dedans (le seul intérêt d’un jet privé, c’est d’amener une expertise manuelle rapidement, comme un chirurgien)
- Des écoles où les enfants sont en compétition, pour des notes (le monde robuste appelle des écoles de la coopération, où l’évaluation porte sur les capacités de partage des connaissances)
- Une santé surtout curative pour maintenir une société pathogène, et où on paye son médecin quand on est malade (grâce à la santé préventive, on payera son médecin régulièrement, quand on est en bonne santé)
- Des décisions verticales attendues comme l’oracle de la pythie et où on recherche l’acceptabilité (vs. une culture de la participation et de la coopération où les meneurs sont ringardisés par les facilitateurs qui font émerger des transformations qui ne sont pas acceptées, mais accueillies)
- Des verrous électroniques de fermeture dans les toilettes des trains ou dans les chambres d’hotel (le monde robuste appelle le grand retour de la mécanique, nettement plus fiable dans les turbulences économiques et géopolitiques)
- Une monoculture coca-cola où la richesse humaine est écrasée par une machine économique efficace (le monde robuste donne une large place aux philosophies non occidentales, aux inspirations des peuples premiers et surtout comprend que l’identité exige la diversité culturelle, technique, biologique)
- Le marketing glorifiant la performance de l’entreprise (dans le monde fluctuant, l’entreprise n’est rentable que si elle robuste pour elle-même et pour son territoire; elle utilise la fiabilité - économique, sociale, démocratique, géopolitique, écologique - comme une levier marketing)
- des politiques dépensant sans compter pour les amenagements automobiles (en nous expliquant que les amenagements pour les velos coûtent trop cher et mettent les gens en danger)
- des sommes faramineuses investies pour produire de l'énergie, (en laissant la rénovation énergétique rester un chaos technico-administratif sans nom)
- des copropriétés prêtes à investir pour mettre des barrières et des caméras de video-surveillance, (mais refusant la rénovation énergétique malgré des factures d'energie colossales, la mise en place de compostage, des stationnements vélo cargo...)
- des systèmes surannés de concertation et de prise de décision collective dans les copropriétés, qui laissent le pouvoir aux plus réfractaires au changement
- un aménagement du territoire opéré par une constellation d'acteurs non coordonnés, agissant chacun avec leur logique spécifique, dans une complexité telle qu'il est quasiment impossible à qui que ce soit (et encore moins à un citoyen lambda) de comprendre les instances, le calendrier et les leviers de prise de décision
- des villes pensées sans les enfants, dangereuses pour eux, ce qui crée des enfants gardés enfermés, dans une crainte du danger généralisé.
- un système d'évaluation de la performance individuelle au travail, négligeant totalement la dimension puissamment collective de l'entreprise au sens large.
Cette liste est loin d’être exhaustive. Le monde d’après est déjà là. Alors qu’attend-on pour le faire émerger ? Ce qui nous parait naturel aujourd’hui est en fait ringard depuis bien trop longtemps. On aimerait que les régulateurs utilisent cette approche de « future design ». Mais rien ne nous empêche d’anticiper individuellement, ou collectivement dans les territoires. Dans un monde devenu obsolète, anticiper ne demande pas d’accélérer, mais plus simplement de dérailler d’un présent fantasmé.
