Voici la
avec Gatien Bataille, Laurent MARSEAULT, Michel Briand, Olivier Hamant et Vanessa BARBIER au second Forum de la coopération à Chambéry – Le bourget du lac.

"Le Forum de la Coopération est un événement de deux jours dédié à l’exploration de la coopération : comment elle se crée, comment elle se vit, comment elle se renforce, comment elle transforme.
Ce n’est pas un cycle de conférences. C’est une expérience pédagogique immersive, un espace pour explorer, questionner, jouer, s’étonner et construire des communs ensemble.
"
Gatien Bataille : on va vous présenter le collectif larobustesse.org sous forme d'une histoire vécue qui explique pourquoi ce site est né et pourquoi tous ces communs sont là, à travers les différents onglets qui sont apparus sur le site.
La rencontre, de la conférence à la formation
L'histoire commence en février 2023, Olivier Hamant passe dans une émission sur une radio belge : « Déclic le Tournant » qui est portée par un journaliste qui s'appelle Arnaud Ruyssen et qui a beaucoup d'écho en Belgique. J'entends cette émission et je suis organisateur des rencontres Co-construire, qui ont lieu tous les deux ans à Tournai, en Belgique. Je prends contact avec Olivier en lui disant : « est-ce que tu penses pouvoir venir début juillet faire une conférence sur la robustesse pendant ces rencontres ? »
Et, rapidement, c'est oui, ce qui est un peu miraculeux, à ce moment-là on pouvait contacter Olivier trois mois avant l'événement et qu'il vous dise oui, maintenant on est plutôt à 18 mois..
Donc, il vient à co-construire, il fait la conférence que vous avez déjà sans doute vue à droite et à gauche et comme dans plein d'endroits où, quand Olivier fait la conférence, les gens sortent plutôt enthousiastes : quelqu'un qui raconte les difficultés du monde, mais qui, en même temps, nous dit qu'il y a des solutions et qu'en fait, il suffit d'y aller.
Donc grand enthousiasme, les rencontres se terminent et après coup, j'envoie un petit mail à Olivier en disant : « Laurent et moi. on est plutôt en capacité de monter des formations ; la robustesse, cela nous a beaucoup touché, on entend beaucoup parler de coopération dans ce que tu dis ; on monterait bien si tu es d'accord une formation là-dessus : « comment passer du concept à l'opérationnel ? ». Parce que les gens nous revenaient : « c'est super, mais comment faire ? » Donc là, on envoie ce petit mail à Olivier et là, je pense que dans le quart d'heure qui suit on reçoit un message qui dit : « oui, super idée, allons-y ! »
Et donc là, petit rebond avec Olivier. pourquoi tu as répondu si vite et pourquoi tu as dit oui ? sachant que les rencontres co-construire, j'en ai fait quelques-unes maintenant avec plein d'orateurs super sympa qui étaient passés faire des super conférences à qui j'envoie quand même des mails comme ça, en disant : tiens, on pourrait faire un truc ensemble, et où il n'y a pas de réponse.
Olivier : Il y a plusieurs raisons. J'ai une petite fibre pour la Belgique, c'est mon impression : pour moi, la Belgique, est un laboratoire d'innovation sociale, en Belgique, il se passe des choses très étonnantes, très exploratoires de nouveaux terrains, et ça, je pense que ça résonne très fort avec la robstesse parce qu'on ajoute une corde à son arc. Il y a aussi l'humour belge, qui est de l'autodérision, c'est une posture basse, c'est plutôt de la robustesse. En france, on a plutôt une culture de la farce, on se moque, c'est la posture descendante. Il y avait un petit terreau favorable déjà et puis, après, il y a le côté co-construire qui s'aligne parfaitement avec la robustesse et la santé commune. Il y avait aussi quelque chose que j'avais identifié : le risque d'enfermer la robustesse dans un sac. En fait, il y a deux voies en gros quand on met un mot sur la table, c'est soit essayer d'en faire une théorie, un truc qui ne va servir à personne, un livre sur une étagère ; ou alors travailler le concept et pour que ça devienne organique et que sa vive sa vie. Quand vous m'avez contacté, en disant que cela résonne très fort avec la coopération et co-construire, alors je n'ai pas hésité une seconde, tous les voyants étaient au vert !
Gatien : En tout cas merci, c'est une belle aventure. Donc, feu vert d'Olivier pour mettre en place cette formation : par ailleurs, la région wallonne avait participé à co-construire et ayant trouvé cela plutôt sympa était prête à soutenir une suite. Laurent et moi, on retourne vers la région en proposant de monter une formation sur la robustesse, une formation un peu conséquente d'une semaine qui se vivrait en grande partie dehors et qui explorerait à la fois les concepts, mais plutôt vers l'opérationnel.
On commence à produire pas mal de contenus pour cette formation. Pendant ce temps-là, Olivier commence à être un peu plus sollicité que d'habitude, beaucoup de félicitations. Et là, tu commences déjà, toi, à nous déléguer en disant « pour tout ce qui est au-dessus de Paris, contactez Gatien Bataille ; pour tout ce qui est en dessous, contactez Laurent Marseault et puis, pour le reste, je prends ». On fait, nous aussi rapidement que lui le constat que l'on est complètement submergé de demandes. A cet égard, peut-être qu'on a fait un geste de robustesse, un peu plus qu'Olivier, c'est-à-dire qu'on a dit non assez souvent, pour préserver un peu de robustesse dans nos agendas.
Laurent : C''est compliqué de rentrer dans une notion pour en faire une formation et donc régulièrement on sollicitait le « maître » en lui donnant la trame, et à chaque coup, il nous disait « c'est génial » on a complètement inversé la formation une fois, deux fois, on réorganise la totalité, « c'est génial ». Donc, du coup, c'est assez génial de pouvoir travailler en lien avec quelqu'un qui a beaucoup travaillé la notion.
Gatien : Donc, pour préparer cette formation, on créé toute une série de posters, on crée des cartes, on crée un chrono de formations et en juin 2024 débute une formation d'une semaine à laquelle tu participes. Une formation un peu expérimentale qui se passe beaucoup dehors, dans les prairies. Il y a aussi l'émergence d'un carnet qu'on avait distribué à tous les participants, une carte des supports que l'on a aussi mis dans les mains d'Olivier. Pendant cette semaine, on a cogité tous ensemble une quinzaine de personnes.
Et là, je veux bien aussi que tu fasses un petit retour sur ce qui s'est passé pendant cette formation. Je pense que tu es la personne qui a pris le plus de notes.
Olivier : C'était vraiment une super semaine qui coche beaucoup de cases de la robustesse et de la santé commune en pratique. C'est pas juste le déroulé, les mots, on met en pratique l'hétérogénéité des participants, des personnes qui viennent du monde de l'entreprise, du monde associatif, on mélange, on est dedans, on est dehors, il y a un bug dans la formation. Tout ça fait un moment d'être dans la robustese dans la pratique, la confronter, faire atterrir le concept dans tous les sens du terme, et moi, ce qui m'a beaucoup plu, il y a beaucoup de choses qui m'ont beaucoup plu dans cette semaine passée, ce sont les participants, très engagés ; on voyait bien qu'ils n'étaient pas là par hasard ; qu'ils voulaient explorer le monde, qu'on était dans une démarche de chercheur ; le lien au vivant en étant dehors ; et puis aussi le fait que c'est une pratique et aussi presque un test de robustesse sur la robustesse. C'est qu'en fait, si on se parle ensemble,si on commence à construire des projets, est-ce que ça tient ? est-ce que ça transforme, est-ce que ça fait des choses dans les territoires ? est-ce que l'on en arrive à agréger du monde à cette notion-là ? En fait, pour toutes ces raisons j'étaits très heureux et l'histoire continue.
Le site larobustesse
Gatien : Après cette cette formation, pendant cette formation, on voulait un site internet pour rendre visible ce que l'on faisait. En général tout ce que l'on fait Laurent et moi est mis en ligne sous une licence Creative Commons by sa : c'est récupérable, chacun.e ré-utilise la partie qu'il veut et c'est modifiable partout. Donc on crée un peu avant la formation, un site qui s'appelle larobustesse.org Petite anecdote : c'est larobustesse parce qu'en fait il y avait aussi un site « robustesse.org » déjà pris et la personne qui gérait les robustesse.org, .fr, .be .. était d'accord pour nous céder les droits sur le site internet, mais il y avait pour nous un petit préalable important, pour nous la notion de partage est essentielle, et sur ce point il y avait un petit soucis d'alignement pour ce site robustesse.org qui est sous copyright. Les cafés robustes
Toujours est-il que pendant la formation, le soir, on se retrouve chez moi sur la terrasse, il faisait super beau, cette semaine là, c'était formidable et en prenant un petit apéro, on discute avec Olivier : voilà, tu es de plus en plus sollicité, tu as tendance à répondre oui à chaque fois que quelqu'un te demande quelque chose, vous pouvez lui écrire un mail, il répond, tu lui poses une question, il répond, si tu reposes la même question,il répond,, c'est formidable, c'est de la redondance. Pour soulager un peu son agenda, on lui a proposé de faire des cafés robustes : « est-ce que tu serais d'accord de nous accorder une heure de temps en temps, une heure par mois pour que, plutôt que de répondre à la question de manière un peu récurrente dans les mails, que, nous, on collationne les réponses des questions auxquelles tu es confronté, pendant une heure, un midi par mois».
C'est parti, c'est né de cette formation et ça s'est mis en route quelques mois plus tard. Maintenant cela vit et vous trouvez sur la page des cafés robustes les contenus de la dizaine de cafés robustes.
Cette partie café robuste vit sa vie et l'enjeu qui était derrière pour nous, était toujours et encore de produire des communs, mais pas nous, pas toi, nous allons produire des communs autour de la notion robustesse. Pendant ces cafés à la fois, nous t'écoutons sur un sujet, mais tu nous questionnes sur un sujet, et nous faisons de la documentation croisée, plutôt que de t'attendre que tu puisses écrire ou que quelqu'un décide d'écrire, nous écrivons une documentation sur la notion pour continuer à la faire vivre.
Les démultiplicateurs de la robustesse
Une deuxième chose qui émerge de cet échange à la terrasse à partir du constat d'être submergé par les demandes, qui t'arrives, où tu ne peux pas répondre moins d'un an à l'avance c'est l'idée de mettre en place une formation de formateur, une formation de démultiplicateur à la robustesse. De nouveau, tu dis oui, et de cette idée initiative est née la communauté des gaston dont on parlera plus tard.
Je veux bien que tu réagisse par rapport à ces deux choses qui se sont passées en sortie de formation. Un plan commun qui se construit et puis cette idée d'essaimer et de faire vivre de la notion.
Olivier : C'est un peu l'idée que je passe sur le siège arrière pour que la notion vive sa vie sans moi, ou moins devant. L'idée d'avoir des contenus partagés, partageables, des personnes qui s'impliquent pour en parler, d'avoir les cafés robustes, ou au début, c'est beaucoup moi qui parlait, et maintenant, de moins en moins, plus les invités, cela c'est super, une sorte de decrescendo. Le but, c'est que je n'anime pas beaucoup larobustesse ce serait très contre-productif et aussi que ça enferme la notion. Juste être biologiste pour en parler c'est une aberration. On est linguiste, on peut parler de robustesse, on est ingénieur, on peut parler de robustesse... Surtout c'est beaucoup plus pluriel, c'est beaucoup plus riche quand c'est porté par des personnes différentes, c'est incarné différemment. Là c'est le cas il y a plein de personnes qui en parlent très bien avec leur expérience de vie. Les cafés robustes, c'est un peu le carrefour, un petit carrefour où on se rend, où on se croise, pas tous, on n'est pas dans la performance. Il y a des sujets qui viennent et à moi et, ça me nourrit énormément. Quand on a eu la discussion sur le revenu de base, cela m'a permis de clarifier quelques trucs, j'ai encore du chemin à faire, évidemment, mais ça permet quand même à chaque fois d'avancer. C'est comme un grand laboratoire et ça me plaît beaucoup.
Gatien : Je poursuis l'histoire... Suite à la formation, il y a pas mal de productions qui émergent de cette formation qu'on décide de rendre visibles : des formats d'animation qu'on avait conçu pour la formation, des trames de formations, des posters, des carnets.. Nous faisons un choix fort par rapport à la licence pour que ces contenus sur larobustesse soient récupérables, que les gens puissent l'utiliser pour faire d'autres formations, des sensibilisations, et déclinent ça effectivement autour d'eux. On fait aussi des cartes, des cartes de fluctuations, des cartes sur les concepts, sur les grandes notions, les incontournables..
Et émerge rapidement l'idée d'un agenda, parce qu'étant donné qu'une petite pierre a été déposée avec des contenus récupérables, y compris ppour des activités commerciales, d'autres personnes disent : j'aimerais bien faire de la formation et m'appuyer sur ce qui existe comme le chrono de formation que vous avez déposé là et qui dit qu'est-ce qu'on a fait le lundi, ce qu'on a fait le mardi, le mercredi, avec les détails, les objectifs qu'on veut, tout est là. Du coup émergent d'autres idées de formations, d'autres idées d'animation, et donc l'agenda est validé.
Et donc pour nous, effectivement larobustesse peut devenir un espèce de portail, certainement pas le seul, sur lequel pourraient s'appuyer quelques-unes des formations qui se mettent en place autour de de la robustesse. Mais cela avec un parti pris un peu fort qui est de dire si vous voulez déposer une formation.sur cet espace, c'est tout à fait possible, il suffit de remplir un formulaire, rien de compliqué, par contre la robustesse, c'est le partage, la coopération, la redondance, c'est l'inverse de l'efficience. Pour rester en cohérence avec la notion défendue et éviter de faire de la robustesse le nouveau concept, pour faire un peu plus de « comme avant », nous avons fait le choix de n'accepter ici que des formations qui partagent leur contenu de cours à minima sous licence CC by sa. Sans cet engagement fort, du coup, vous n'êtes pas référencé ici, c'est un peu brutal, mais c'est complètement assumé. Cela fait pas mal de de frictions, de discussions avec des structures, des personnes qui voudraient arriver sur le site mais pour lesquelles la difficulté de faire du partage est un peu compliquée. Pour nous l'idée de fournir les contenus en amont de la formation, même si on n'a pas payé la formation, est très importante pour rester en cohérence avec le propos.
A propos du « CC by sa »
Laurent : En France dès que vous publiez des contenus le droit d'auteur s'applique automatiquement, même si vous mettez vos contenus sur internet, personne ne peut réutiser les contenus sans votre autorisation écrite et explicite, sans qu'il y ait un contrat qui soit signé. Il y a plein de gens, notamment dans l'économie sociale et solidaire qui pensent que publier sur internet c'est partager, non ! pour partager, il faut que l'auteur et seul l'auteur peut le faire élargisse les droits d'usage. Pour cela il y a des licences qui se rajoutent au droit d'auteur, qui permettent d'élargir le droit d'usage. Ce sont en particulier les licences creative commons crées par un juriste Lawrence Lessig et qui ont été traduites juridiquement dans plein de pays du monde. Selon le principe de la licence Creative Commons, vous pouvez réutiliser un contenu mais vous devez citer l'auteur premier. Dans le cas de la licence CC by sa vous pouvez réutiliser les contenus, y compris à des fins commerciales, pour faire du business , un bouquin, aucun souci, par contre, ce que vous allez produire devra répéter la même licence, c'est la viralité de la licence que nous avons choisi. Si vous prenez ces contenus, vous prenez les diaporamas d'Olivier. Vous pouvez tout à fait les récupérer en faire vous-même des conférences, les vendre extrêmement cher, par contre, vous allez l'améliorer forcément, le contextualiser et cela vous devez le remettre dans le pot commun. C'est un principe qui est important, sur lequel ça gratte vraiment très fort. Pourquoi ça gratte très fort ? parce qu'il y a plein de gens qui voient dans la notion de robustesse le prochain mot « bankable » et pour lesquels si dans mon offre de formations, je n'ai pas mis le mot robustesse, c'est quand même pas terrible.
Effectivement la notion se diffuse, fondamentalement, on en a envie et Olivier l'a très bien dit- de « dés - Hamaniser » le concept, surtout pas que ce soit associé à une personne, qu'Olivier soit notre prochain sauveur, notre maître à tous ! ça c'était au vingtième siècle, aujourd'hui on peut imaginer penser un peu différemment. Et donc, du coup, comment on se débrouille pour que, les contenus restent vivants, que tout le monde puisse se les approprier et qu'on puisse effectivement les modifier. C'est vraiment un élément important pour lequel on a eu des heures et des heures de discussion, avec plein de personnes qui arrivent, en disant «  tu comprends, c'est mon modèle économique ». Que le modèle économique soit un produit d'entrée, c'était le monde de la performance, l'idée dans le monde de la robustesse c'est que le modèle économique, soit un produit de sortie. Si on estime que cette notion-là de robustesse est une notion importante qui permettrait peut-être au monde d'aller un peu mieux, le premier qui la privatise, c'est totalement scandaleux. Donc, il y a vraiment l'idée d'affirmer ça. Et quand on parle de discussions avec tout un tas de consultants qui veulent récupérer la notion ; là, on fait de la psychanalyse. « Parce que du coup, tu comprends, si des gens réutilisent mes contenus, comment je vais vivre » Le mieux, c'est qu'on vive sur la planète, on ne va pas inverser les modes de pensée, soit l'idée, c'est que moi, j'arrive à vivre sur cette notion-là et soit plus riche que les autres, soit l'idée, c'est que ce qui se joue actuellement, c'est la survie de l'humanité sur terre, pour parler un tout petit peu cash. Quand on parle de robustesse, effectivement, c'est sympathique, c'est joyeux et il faut que ce soit joyeux. Ceci dit, il ne faut pas qu'on se trompe et cette notion du Creative Commons by sa est d'appliquer ça.
Qui valide ?
Autre élément, on a des personnes qui nous disent ok je vais partager mes contenus, mais qui est-ce qui va les valider ? est-ce qu'Olivier va les relire ? Non ! Olivier ne va pas les relire. Est-ce que du coup vous vous allez relire et valider ? Non pas du tout ! A partir du moment où tu le rends visible pour la communauté, la communauté va tout de suite renvoyer des choses. Donc, plus la notion de robustesse va se développer, plus nous on deviendrait des espèces de machins d'une pyramide, des super validateurs ou est-ce que du coup, ça devient un vrai sujet partagé. Et si jamais tu dis des bêtises, peut-être que ça va être une promesse de discussion, mais peut-être que, dans les bêtises que tu vas dire, ça va nous amener, peut-être à apprécier des choses. Et donc, c'est comment on se débrouille pour faire des communs.
Robustesse ET santé commune
Dernière chose qu'on voit aussi beaucoup actuellement par rapport à ce que dit Olivier sur la notion de santé commune, c'est de la « robustesse washing » séparée de la santé commune. C'est un autre sujet sur lequel on est hyper attentif : la robustesse c'est
rester stable à court terme et viable à long terme
.. Dans viable à long terme, il y a la santé commune. On voit des personnes qui nous sollicitent et qui ne prennent que la première partie de la phrase : rester stable à court terme et pour qui, viable à long terme, ce n'est pas notre boulot. Dans ce cas-là, ce n'est pas de la robustesse. Il y a un vrai travail à faire pour dire : voilà ces deux éléments sont deux éléments indissociables.
Gatien : Peut-être juste aussi par rapport à cette licence, c'est tout à fait possible de nourrir l'écosystème avec ces licences tout en en vivant soi-même. Ce n'est pas un abandon. Dans les licence Creative Commons il y a aussi des licences qui se limitent à des réutilisations non commerciales et non modifiables, nous, ce qu'on dit, c'est qu'une production qui est non modifiable, ça devient un fossile ! On nous dit mais si c'est modifiable, les gens n'ont pas bien compris ce qu'on pourra faire avec et vont sans doute détourner mon propos, ok, mais peut-être que demain tu es mort. Donc, du coup, qu'est-ce qu'on fait de ce contenu qui est fossilisé ?
L'histoire continue donc, avec ce choix fort par rapport aux productions déposées ici, et malgré tout, beaucoup de productions sont déposées, des formats d'animation, des traces de formations, des posters, des supports pédagogiques, cela commence à s'agréger très fort, et notamment aussi grâce à l'impulsion de la communauté des gastons, un démultiplicateur de robustesse, que vous trouvez dans l'annuaire « ils peuvent en parler » Des personnes qui sont vraiment dans cette démarche de faire vivre cette notion, qu'elle, s'amplifie, qu'elle aille plus loin. Dans les productions de ce cet espace de travail il y a aussi maintenant des podcasts portés par Aurélie et Bastien.
Suite au café robuste, on a pas mal discuté de sujets divers et variés et pas mal de personnes, à la fin, les cafés robustes nous ont dit : en fait, une heure, c'est trop court, il faut un deuxième café.
Et donc on leur a proposé plutôt que de continuer en mode échange avec Olivier de réfléchir ensemble si vous pensez que c'est important qu'on réfléchisse ensemble sur cette notion : par exemple sur Robustesse et éducation, regroupons nous en communauté apprenante ; on démarrera d'où on est et on verra bien ce qu'on peut faire. Et quelques communautés apprenantes ont commencé à émerger en sortie des cafés robustes avec l'accompagnement d'un retraité hyperactif qui vient de Bretagne qui s'est emparé de l'animation de ses communautés apprenantes.
Peut-être un un dernier rebond sur ces communautés apprenantes, qui ont dérivé des cafés robustes et de ses productions librement partagées qui piquent un peu pour des personnes qui veulent vraiment être dans l'agenda et à qui on demande de partager un petit contenu.
Olivier : Je suis vraiment très mauvais dans tout ce qui est numérique, creative commons je maîtrise très mal, j'ai découvert en effet que le CC by sa est un outil de choix pour faire des contenus partageables. Ce qui me plaît bien dans ce que tu as dit c'est que la robustesse, si on est dans le contrôle, si on veut vraiment s'assurer que c'est la robustesse parfaitement définie, consolidée, elle ne va pas vivre. En fait, ça ne me dérange pas trop que la robustesse soit récupérée parce que l'on peut voir cela comme un cheval de Troie, une fois que ça rentre, c'est difficile d'en sortir, C'est un peu comme le greenwashing : une fois que c'est rentré, c'est quand même difficile de faire sortir la question écolo. Une entreprise qui fait rentrer la robustesse dans sa raison d'être, dans sa vision stratégique ne va pas dire un jour : finalement, on a décidé de pas être robuste ! Ce qui va plutôt se passer, là on a une crise, on n'a pas bien passé la crise ? pourquoi ? notre robustesse ce n'est que du déclaratif, et ça ne marche pas. Peut-être qu'il va se passer des choses, donc, le côté cheval de Troie est intéressant et le CC by sa permet cela, c'est un outil du cheval de Troie qui permet de partager. Et aussi sur l'idée que ça peut nourrir des discussions et des désaccords féconds.
Le shift project, avec son programme pour l'économie française, va faire un rapport sur l'économie robuste. La robustesse entre au shift, c'est un déterminant, c'est une force de frappe assez forte surtout dans un milieu qui vient plutôt de l'ingénierie, de l'optimisation et beaucoup sur l'énergie. Quand on voit, le programme c'est encore beaucoup de l'énergie, il n'y a pas encore beaucoup de vivant, mais une fois que la robustesse rentre, il y aura du vivant ; Cela me paraît intéressant et c'est grâce au partagé et partageable.
Sur les communautés apprenantes, merci là aussi. c'est vraiment très joyeux cette trajectoire, ce qui est très fort là dedans : le risque permanent c'est de faire venir un expert pour s' « enrobuster », un expert ça va donner des idées, ça lance une discussion, mais si vous dépendez à 100% d'un expert c'est une béquille, c'est fragile. Quand il y a la crise, l'expert n'est pas avec vous, donc il faut avoir des compétences, des savoir-faire, une pratique locale. La communauté apprenante permet cela c'est du bottom-up émergeant On peut articuler les deux, les formations les intervenants et les communautés, et là, on a la galerie pour s'enrobuster dans les territoires. Et puis ce que j'aime beaucoup dans les communautés apprenantes avec la fine équipe, Michel et compagnie -les bretons sont quand même en avance sur les communautés apprenantes-, c'est là qu'on voit quand même que quand il y a des gens qui sont très motivés et très engagés, ça s'accélère, cela croise de tous les côtés, c'est un peu à archipel : une communauté Brest et robustesse va parler avec la communautés, Formation et robustesse. Tout ça, c'est partagé , partageable et on va se nourrit les uns des autres, c'est un archipel où le point important et là Lorenzo ne va pas nous contredire, le point fort de l'archipel, c'est l'océan, c'est le commun des communautés, le wiki permet aux ilots de se parler entre eux. Un archipel, ce n'est pas une redondance d'îlots, c'est aussi un système, les îlots se parlent entre eux et cela c'est robuste, dans les communautés apprenantes il y a à la fois l'ilot et le commun qui se parlent entre communautés apprenantes.
Michel : Merci Olivier. Après le café robuste sur l'éducation et la formation un petit groupe de personnes a continué à se réunir. On a fonctionné au début en cercle apprenant, quelque chose qu'on avait expérimenté dans Riposte créative territoriale durant le Covid puis aussi dans Riposte Créative Bretagne, Gironde et Riposte créative pédagogique. On y a expérimenté une écriture ouverte à tous où chaque fois que l'on faisait quelque chose on le mettait en ligne et contrairement à ce que peuvent penser souvent les responsables, cela ne pose pas de problème. Les gens ne se précipitent pas pour écrire des choses, on n'est pas dans des polémiques, on est dans une écriture ouverte. A la différence avec wikipédia, on pourra avoir plusieurs versions comme aujourd'hui sur le format d'animation des conférences vivantes sur larobustesse.org où plusieurs versions sont proposées. Il n'y en a pas une de bonne, il n'y a pas de point de vue neutralité à respecter, chacun peut décrire sa façon de faire.
Au bout de quelques mois ce cercle apprenant en petit groupe, s'est arrêté faute de disponibilités des participants et dans le même temps de plus en de personnes étaient intéressés. On a alors élargi le cercle en communauté apprenante Robustesse et formation ouverte à toutes celles et ceux qui étaient intéressés. Une communauté apprenante c'est un certain nombre de personnes qui ont envie d'apprendre ensemble et de manière autogérée. Chaque communauté, va décider de quoi parler, est-ce que si un intervenant extérieur qui lance un débat, est-ce que c'est une table ronde, peu importe, et cela donne une grande diversité.
La première été créée en septembre 2025. Et ensuite on s'est aperçu que cela pourrait aussi être intéressant de se regrouper sur un territoire et ainsi on a proposé une communauté apprenante Robustesse autour de Rennes. Et ce qui est bien, c'est qu'il y a plein de gens qui arrivent avec de l'hétérogénéité, quelques personnes qui sont dans des collectivités, d'autres dans la consultance, l'ESS ou à l'université et ce groupe vit. On a démarré en octobre, et on a déjà 8 ou 10 animations très différentes auxquelles on n'avait pas toujours pensé : un atelier constellation, des tests de robustesse, un débat « la robustesse pourquoi cela intéresse », des arpentages, des présentations de la robustesse ici et là avec les shifters, en entreprise. On est bien dans cette logique d'allez rencontrer des personnes, des collectifs. (ndr toutes les initiatives sont documentées sur la robustesse autour de Rennes)
Et cette idée de communauté territoriale a plu et maintenant il y a une communauté en Loire atlantique, au pays de Brest, au pays de Vannes et ce samedi s'ouvre Robut'Alpes, et une autre bientôt au pays Basque. (voir ici toutes les communautés apprenantes Robustesse actives
A côté les communautés apprenantes thématiques se développent aussi : après celle sur la formation, une autre sur territoire et collectivités, a été créée après un café robuste en décembre puis celle autour du soin animée par Julie Chabaud qui a démarré en janvier et compte déjà plus de 200 participant .e.s.
Ces communautés apprenantes ont en commun un fonctionnement décrit dans un petit texte qui explique ce qu'est une communauté apprenante : il n'y a pas de sachant, on apprend ensemble et tout ce qu'on produit est partagé avec la même licence de de partage CC by sa. C'est aussi toute l'expérience qu'on a depuis des années avec Gatien et Laurent sur ce partage que l'on pratique depuis des années et qui fonctionne. On a repris cela et au fur et à mesure que les communautés se mettent en place, font des réunions, ou prennent des initiatives, les contenus sont mis en ligne, et cela enrichi aussi un petit peu, les contenus qui sont déjà là.
Aujourd'hui après l'expérimentation à l'automne on est dans une seconde étape de l'élargissement avec comme prochaine étape de faciliter la diffusion et l'interconnexion des communautés apprenantes via les outils numériques et des temps de rencontre et aussi de voir de manière réflexives comment ces communautés focntionnent, en quoi ces communautés apprenantes sont robustes ? Dans un atelier qui va suivre sur les communautés apprenantes, on pourra en discuter plus largement. (ndr voir aussi l'article les communautés apprenantes étape 2 : l'élargissement
C'est très agréable et joyeux de voir toutes ces communautés, tous ces gens qui ont envie
faire quelque chose, qui s'organisent pour faire quelque chose. Aujourd'hui, on est plus de cinq cents participant.e.s, à une douzaine de communautés apprenantes, et j'espère que, suite à cette rencontre, il y en aura d'autres.
Gatien : Voilà donc une invitation à participer à l'atelier qui va suivre. Dans les 10 minutes, qui restent on vous propose d'échanger par groupe de 4 ou 5 sur ce qui s'est mis en place comme architecture invisible. Est-ce que vous pouvez rendre visible l'architecture invisible qui fait que aujourd'hui, d'une conférence en Belgique a émergé ce que vous avez vu, quels sont les ingrédients que vous auriez envie de mettre en avant ?
Les retours
L'idée c'est de citer des mots ou les grands concepts que vous auriez repéré dans ce qu'on vous a montré et qui qui pourraient servir de bons ingrédients pour d'autres projets similiaires.
le côté joyeux
psychanalyse pour le partage ouvert
la confiance
accueillir, cheminer avec ce qui est là
générosité
diversité
rencontre
lâcher prise, accepter le côté bazar
humilitép
avoir déconstruit son raport à l'argent et au résultat
ne pas savoir et révéler les volontés
imperfection
prendre le temps
compréhension des modèles économiques robustes
reliance
partage
essaimage
prendre soin
autonomie d'apprentissage
lien humain, lien à la nature
volonté de désincarnation
énergie
agir sans savoir quel résultat on attend
communs
lacher l'égo
le modèle économique comme résultat et pas comme pré-requis
Vanessa : On a une belle captation graphique, merci Solène. Vous avez donné de bons ingrédients pour cette recette de la robustesse, on voit que pour apprendre, qui est le sujet de ce temps dédié à comment on apprend, comment on pratique, comment on coopère autour de la robustesse, on a pas mal d'ingrédients déjà. On a le café robuste, qui vous propose un rendez-vous mensuel pour creuser ce sujet des communautés apprenantes, qui va faire l'objet d'un temps dédié tout à l'heure, avec le lancement de la communauté Robust'Alpes. Pour les ressources c'est la robustesse.org des contenus en communs, que vous pouvez utiliser, partager, modifier, etc. Comment, Olivier, ça nourrit ce concept ?
Olivier :Je rajoute un autre mot, c'est le mot invers*er*, on est en train d'inverser beaucoup de choses aujourd'hui. Sur le lâcher prise ou le changer de prise, ou encore tenir une corde, c'est un peu quand on bascule, de vouloir contrôler sa musique, quand on est un musicien classique avec sa partition à faire du free jazz. En fait, on n'est plus dans le contrôle, on est dans la sérénité, la sérénité, c'est de la sécurité qui n'a plus besoin du contrôle. La sécurité a besoin de contrôle, c'est du sécuritaire qui nous met en insécurité.
Inverser le fait que quand on fait des communautés apprenantes en fait, on essaie surtout de transmettre et c'est en transmettant qu'on dure, c'est le contraire de durer en se mettant dans un bunker.
La confiance naît de l'incertitude. Il y a un exemple qui est parfait pour ça, c'est trustpilot, la compagnie qui fait des étoiles sur internet pour vous donner confiance. C'est surtout pilot, c'est pas du tout de la confiance, c'est du contrôle. En fait, ça me permet d'éviter d'avoir à faire confiance.
Il faut se mettre dans l'incertitude pour faire émerger la confiance, c'est ce qui a émergé dans notre chemin.
C'est aussi les modèles économiques que l'on va les inverser, on est en train de les inverser, on sort d'une économie de la production et d'une économique propriétaire qui dépend d'un monde abondant en ressources et stable vers un modèle économique de la fonctionnalité, de l'usage, du partage, de la coopération. Tout ça, ce sont des modèles qui produisent moins, qui partagent plus, qui font du lien social où l'économie, en effet, c'est le produit de sortie, ça, c'est terrestre, basé sur des ressources.
Cela me nourrit beaucoup, mais j'espère surtout que ça nous nourrit tous, ces idées, et c'est aussi l'idée de ces communs, c'est en fait un rééquilibrage dans le monde où c'est surtout le domaine privé qui domine au détriment du public et où on oublie un peu les communs. Là, on va simplement rééquilibrer, public-privé, comment ? ça veut pas dire que ça ne sera que des communs, mais on va avoir un peu de mélange. Là, on a tout ce qu'il faut pour prendre des chemins viables par la robustesse, la santé commune.
Est-ce que je me sens une personne source ? La robustesse, c'est un vieux mot., ...la fable de
La Fontaine. Si on doit chercher des penseurs de la robustesse il y en a plein dans l'histoire, si je veux prendre l'histoire récente, dans les années cinquante, on peut citer Shannon, on peut citer Jean-Pierre Aubin, la théorie de la viabilité ; dans les mathématiciens les systémiciens, les cybernéticiens. Quand on fait de la science, quand on est chercheur, notre but, c'est de faire des théories robustes et donc, qu'est-ce qu'on fait ? on les chahute on les met dans les situations pour voir si c'est stable et viable malgré les situations. On peut considérer que la recherche, c'est de la robustesse, c'est notre métier finalement. En fait, dès qu'il y a eu un chercheur sur terre, il y a eu de la robustesse... Mon seul rôle, ce n'est pas d'être une source, c'est plutôt d'avoir utilisé la biologie pour incarner un principe de robustesse qui s'oppose à la performance. Ce principe-là existait bien avant on le pratiquait, les ingénieurs le pratiquait. Ma seule contribution est de rendre ce concept plus concret avec le vivant. Je ne suis certainement pas une personne source, mais peut-être j'espère ressources.
Vanessa : Une personne ressource, avec beaucoup d'humilité et qui fait de la robustesse un concept inspiré mais aussi très vivant, et j'espère en tout cas que c'est ça qu'on a voulu vous montrer.
Merci à tous pour votre participation. Merci, Olivier Laurent et Michel.