Une retranscription du webinaire interview de Laurent Marseault du 8 juin par Michel Briand texte encore soumis à des révisions
Une petite présentation de Laurent sur larobustesse.org
j'ai travaillé durant plus de 15 ans à faire de l'animation nature avant de me centrer sur tout ce qui permet à la bête humaine de coopérer, collaborer, fonctionner en réseau : postures, techniques d'animations, outils numériques. J'adore expérimenter. Pompier, face aux urgences du moment, je secoue un peu les acteurs des transitions afin qu'ils partagent, diffusent, se relient, amplifient leurs actions fondamentales. Pour cela, le web capacitant et la coopération ouverte, la robustesse me semblent des leviers à continuer à activer.
Petite histoire de YesWiki, un outil convivial et potentiellement robuste
MB : Bonjour Laurent, est-ce que tu pourrais nous présenter d'où est venu ce projet yes wiki?
Le point de départ, c'est, il y a une grosse vingtaine d'années, une assosiation d'éducation à l'environnement qui avait un petit problème de travail en collectif avec d'un côté, les salariés qui travaillaient en journée et de l'autre les adhérents qui étaient disponibles le soir et le week-end.. Les salariés passaant leurs journées à chercher des finacements, à travailler un peu et devoir justifier l'argent étaient assez peu disponibles pour rester le soir et le week-end discuter avec les adhérents.
Et on a vu cette jolie chose qui s'appelle l'association partir en vrille et à quelques-uns, on a travaillé sur comment impulser de la coopération au sein de nos structures et entre nos structures. Dans ce cadre on a testé plein d'outils, on commençait un peu à parler d'outils web 2.0, qui étaient tous plus intéressants les uns des autres, mais ce qu'on voyait c'est qu'avec un public de retraités d'un côté et de passionnés de nature de l'autre on ne pouvait pas mettre en place des outils un peu compliqués. On a tout de suite regardé, les outils libres mais c'étaient des outils qui, en général, étaient assez moches et qui ne donnaient pas envie aux gens de travailler.
Quelqu'un nous a présenté wikipedia -c'était le tout début de wikipédia- et je me suis intéressé au logiciel qui était derrière pour voir s'il pouvait être utile pour les adhérent et pour la vie associative. Un copain, qui était trésorier de cette association, David Delon, m'avait installé médiawiki (le logiciel utilisé par wikipedia) que je trouvais vraiment trop compliqué comme outil avec la nécessité de s'identifier, de créer un compte, etc. On a trouvé un logiciel qui s'appelait wakka (un logiciel dont le développement a été arrêté en 2004). Là, tu pars d'une page blanche, tu double-cliques dans la page, et tu écris, c'est exactement ce qu'il faut pour mes allergiques au numérique et mes retraités, parce que si tu n'arrives pas à double-cliquer dans une page, écrire, sauver, c'est que le problème n'est pas numérique !
Le fait d'avoir cet outil simplissime a permi de commencer à pouvoir faire des choses comme écrire un ordre du jour et partager des contenus. On a essayé de discuter avec l'allemand, développeur du logiciel pour voir si on pouvait contribuer à développer le code mais comme il n'a jamais répondu, on a fait un « fork », une copie, dérivation du logiciel qu'on a renommé Wikini avec de nouvelles fonctionalités comme faire un menu sur le côté, faire tout un tas de pages. Les gens étaient vraiment très content parce qu'on n'avait plus qu'une seule page, mais maintenant des dizaine de pages, structurées, c'était vraiment intéressant.
Il y a eu une petite tension entre d'un côté des pédago, comme ma pomme, pour qui il faut vraiment que ça reste très simple, centré sur les usages des personnes, et de l'autre des développeurs pour qui il faudrait rajouter telle et telle fonctionnalité. On a acté, que l'on voulait que ça commence simple, que le ticket d'entrée soit vraiment le plus basique possible, et que par contre, l'on puisse complexifier l'outil au fur à mesure des besoins du collectif. Et donc là, il y a eu toute une tripotée de petites fonctionnalités qui ont été ajoutées comme des actions qu'on pouvait appeler dans des pages. Cela restait un peu moche, et on a rajouté une surcouche qui permettait de faire un peu d'esthétique. On travaillait avec un réseau qui s'appelait Tela-botanica, où on avait développé par ailleurs.un outil Papyrus (rapport d'activité 2005 page 24) qui était un générateur de base de données. On a décidé d'inclure ce générateur de bases de données dans wikini, mais c'est devenu tellement différent que l'on a renommé en Yeswiki. Dans Yeswiki, il y a tout un tas de petits modules, mais le principe reste simple, quand vous avez installé un wiki, vous pouvez double-cliquer sur la page et puis éditer, sauver, le ticket d'entrée est relativement simple.
Voilà pour la petite histoire, et ça fait maintenant plus de vingt ans que cela a dure. Dès le départ il y a avait cette notion de convivialité qu'a développé Illich, un outil simple, qui augmente le pouvoir d'agir ?
Cette idée d'outil convivial, je ne sais pas si on l'avait au début, mais en tout cas, c'était plutôt une entrée de pédago, ce qu'on voulait, c'est des outils pour les animateurs. On voulait que le numérique, se mette au service des collectifs et dans les collectifs en éducation à l'environnement les naturalistes ne sont pas des informaticiens, voire même haïssent le numérique. L'idée est de mettre l'outil, de tordre l'outil pour le laisser au service des personnes. Ça c'était une notion qui était vraiment fondamentale.
Effectivement, assez rapidement, des gens nous ont dit: ah, mais votre outil, en fait, c'est un outil convivial et donc, quand on a regardé un peu ce qu'a écrit Illich c'est vraiment cela, le fait que ça ne génère ni maîtres ni esclaves, que par défaut, c'est un outil qui est ouvert, qui est extrêmement simple, c'est un outil qui donne du pouvoir aux gens. Illich tente une définition de l'outil convivial (« la convivialité »). Pour être convivial ce dernier ne doit pas créer d'inégalité, il doit renforcer l'autonomie de chacun et il doit accroître le champ d'action de chacun sur le réel. Extrait de l'article de wikipedia
Comme l'outil est ouvert par défaut : tout le monde peut écrire, tout le monde peut modifier et si le groupe souhaite fermer des choses, c'est tout à fait possible, avec des niveaux extrêmement variés pour faire évoluer l'usage de l'outil et gérer les droits, mais ce qu'on souhaite, c'est que ce soit un désir du groupe et que l'outil soit la déclinaison d'un projet politique.
Et ce qu'on souhaite aussi, c'est que toute la partie numérique, toute la dimension code reste apparent. Ainsi il y a plein de gens qui s'amusent à faire du copier-coller de code d'un wiki à l'autre ou d'une page à l'autre et retrouver les mêmes fonctionnalités. Mais il y a aussi un petit éditeur. de code qui fait que les gens peuvent peuvent coder sans avoir à coder avec une sorte d'interface wysiwyg qui permet d'activer des fonctionnalités, Et ce qui est assez rigolo, ce sont des remarques comme « quand j'ai activé moteur de recherche, j'ai vu que dans le code, il marquait recherche = « true » trous, et non pas « false » et du coup, si tu veux, tu peux l'écrire directement dans le code ». Le fait que les personnes codent, comme ça, permet de soulever le capot, de de montrer aux gens, comment ça fonctionne. Et puis, ce qu'on voit, et j'adore voir ça en formation, des personnes qui, le matin, te disent: moi, je te préviens, je suis nul en informatique, et puis qui, le soir écrivent directement dans le code « si je mets image classe = left l'image sera à gauche et du coup des gens qui se passent de l'interface wysiwyg (un terme abrégé pour « Ce que vous voyez est ce que vous obtenez ») et ça donne du pouvoir aux gens,. Cette dimension-là est pour moi fondamentale : laisser l'outil au service des collectifs et comprendre qu'à partir du moment où cet outil là, je vois comment il fonctionne, je me mets à faire des choses auxquelles même nous, on n'a pas pensé. Cela fait vingt ans que je connais ce logiciel et je suis tous les jours surpris en voyant ce qu'en font les gens, comment ils ont fait ça et pourquoi. Parce que le fait qu'il puisse changer le moteur, changer les roues et puis rajouter de nouvelles fonctionnalités cela donne un nombre de possibilités telles que cela fait des choses, cela crée du vivant, Quelle communauté anime ce développement ?
On insiste beaucoup pour que cette communauté soit la plus variée possible. avec bien sûr des développeurs, des personnes qui sont hyper actives dans le projet, des personnes qui donnent des coups de main de temps en temps, on a des personnes qui sont des usagers avancés, qui font de la formation, ou de l'accompagnement autour de cet outil mais on a aussi des personnes qui sont des usagers occasionnels, et on essaie de faire venir des personnes qui n'y connaissent absolument rien.
Cette variété permet quand on fait ce qu'on appelle des « coding party » (on en fait deux à trois par an) que l'on a des personnes qui vont parler usages, et quand ils vont parler usages ou problèmes qu'ils ont rencontrés en faisant une formation, tu as des développeurs, qui disent mais il suffirait de faire comme ça pour que l'on ne soit pas obligé d'aller voir dans la documentation. Et puis, des fois tu as des développeurs qui disent on pourrait faire ça et si on le fait, on va trop complexifier par rapport aux usagers. Quand on va tester avec des personnes qui n'y connaissent rien, et qu'on leur met l'outil entre les pattes, on voit comment, l'outil reste au service des gens et pas si l'on devient petit à petit, au service de l'outil. Est-ce qu'il y a eu différentes étapes dans ce développement de l'outil ?
On est vraiment dans un processus continu, à chaque fois que l'on fait un sprint avec un peu de co-développement avec autant d'usagers que de développeurs, cela fait émerger des fonctions un peu différentes.
Peut-être qu'en termes d'étape, ce qu'on est en train de vivre actuellement, c'est vraiment le fait de travailler sur l'interopérabilité, pour que cet outil là, le wiki puisse dialoguer avec un écosystème d'autres applications. On est pas mal en lien avec des gens de framasoft notamment pour que, si j'ai commencé à faire la co écriture je puisse exporter les contenus, les mettre dans un wiki et que la syntaxe fasse que ce que j'ai mis en gras dans un coin puisse s'afficher aussi en gras dans mon autre application.
On est aussi en train de faire des petits modules qui permettent, si jamais j'utilise billet web pour réserver un spectacle cela crée automatiquement une fiche dans le wiki qui va faire que je vais pouvoir gérer le paiement.
Ce côté interopérabilité, c'est vraiment un élément sur lequel on est en train de beaucoup travailler, alors que pendant un certain temps, on était heureux, c'était le wiki avec sa syntaxe propre ; le fait qu'on travaille sur des standards d'interopérabilité, permet que des contenus puissent passer d'une techno à l'autre beaucoup plus facilement.
Un élément qu'on avait travaillé un peu avant, c'était le fait que les wikis dialoguent entre eux. Dans un wiki il y a vraiment deux grosses façons de gérer les contenus : soit une page classique dans laquelle tu vas mettre du texte, soit tu passes par les formulaires avec le générateur de formulaire qui permettra de faire des fiches. Et une fois que tu as fait des fiches, tu disposes de tout un tas d'interfaces différentes de visualisation déjà programmées. On a fait que vous puissiez très facilement migrer des contenus d'un wiki à l'autre. Par exemple si je suis dans un wiki et que je trouve un formulaire intéressant, je peux aspirer le formulaire dans mon site. Ndr : c'est ce qui est par exemple utilisé pour les wikis des communautés apprenantes de la robustesse
On a favorisé la coopération ouverte en inter wiki et maintenant on essaye de travailler, la coopération ouverte inter outil potentiellement collaboratifs. L'usage des wikis s'est beaucoup développé. Est-ce que tu pourrais nous présenter un peu une typologie des utilisations ?
Site ressource
Je vais vous donner quelques exemples. On va prendre: interpole, un espace alimenté par un tas de personnes qui font de la formation autour de la coopération, qui ont décidé, de partager leurs plus belles techniques d'animation, avec aujourd'hui 178 techniques d'animation. C'est un site qui est complètement ouvert ou vous pouvez rajouter une technique d'animation à partir d'un formulaire qui va générer automatiquement les fiches qu'il est ensuite possible de trier, mais aussi de modifier sans être connecté, ce qui permet que le site soit vraiment collaboratif, avec une modération à posteriori. En terme de typologie, c'est un site de partage de ressources avec des formats d'animation et tout un tas d'outils numériques, de notions et d'astuces, toute une tripotée de récits d'expérience.
Je peux vous en montrer un autre celui des centres sociaux qui propose 384 ressources partagées, et qui sont allés un peu plus loin dans l'esthétique. Interpole, c'était plein de personne qui avaient envie de partager leurs ressources, ici, ils on fait une action de libération de leurs ressources au niveau de la structure pour que ce soit accessible à tout le monde.
Un autre projet qui est vraiment intéressant c'est Info public, des gens qui travaillent dans un département sur l'accueil inconditionnel https://infopublic71.fr . L'idée, c'est que quand vous avez une personne qui a besoin de quelque chose, un besoin extrêmement large, il faut que je puisse en entrant dans n'importe quel lieu public, on puisse m'envoyer au bon endroit. Au départ chacun avait ses petits tableur excel, ses petits carnets, dans lequel il avait noté des ressources. Du coup, avec ce wiki, lorsque j'ai en face de moi quelqu'un qui a un besoin, qui me pose des questions liées à l'emploi, au parcours vers l'emploi par exemple, on peut dire voilà, la ressource qui va t'intéresser. Si je fais trouver un acteur, il faut que, quand la personne est en face de moi, en fonction de qui elle est, je puisse la renvoyer sur la bonne personne. Les gendarmes, par exemple, se servent beaucoup de de cet espace : il y a quelqu'un qui arrive qu'ils ont trouvé dans la rue, du coup, je peux les envoyer sur la bonne structure, et donc ça, c'est vraiment un site que je trouve assez intéressant.
Site autour d'un événement, une rencontre
Un site pour organiser des événements, ici co-construire, des rencontres qui se passent tous les deux ans en Belgique. On va avoir le programme avec tous les ateliers et avant les rencontres, il y a un espace contributif qui permet de proposer des ateliers et puis, petit à petit, une fois que ces ateliers ont lieu, c'est l'endroit où on pourra trouver l'intégralité des contenus qui ont été produits et partagés au sein de cette ressource.
On peut retrouver la même chose sur le Forum des usages coopératifs, des rencontres qui se passent à Brest, bientôt ; si je vais sur l'onglet inscription, je peux m'inscrire et dans la logique formulaire je peux voir les personnes déjà inscrites : la liste des personnes ou la cartographie qui va favoriser les rencontres et le covoiturage. Ce sont des choses qui sont déjà programmés ex nihilo dans l'outil, et si je veux voir les sessions, les contenus sont co-rédigés par les animateurs du processus et ça va se compléter petit à petit, toujours dans une logique wiki contributive.
A travers ce que tu montres, il y a une sorte de prérequis : le wiki sert à des gens qui font le choix du partage ?
C'est fait pour ça, pour partager, collaborer, coopérer, être dans la coopération ouverte.
Les grands usages
Si on regarde bien les grands usages : animation de réseau, cartographie participative, événement participatif, le côté gare centrale. (je vous montre un exemple juste après) ; quand on est sur un projet qui va durer, des fois on a des contenus qui sont aux quatre coins du web, avoir une adresse unique permet de retrouver les informations faciulement ; plateforme de formations: dans wiki, il y a un petit module, qui permet de faire des parcours de formations, produire un ebook dans wiki, un générateur de cartes ou un générateur de de pdf qui permet du coup de de concaténer des pages et de fabriquer un pdf, faire un site vitrine ou un trombinoscope.
Un site vitrine
Voici un exemple d'un site vitrine, le LPED, site d'un laboratoire universitaire, sur ce site-là, on n'est pas forcément dans de la collaboration il y a la présentataion du labo, les membres, etc. Par contre, cette partie qui s'appelle impromptu contient toutes leurs publications et un petit journal, avec tous les chapitres qui sont sortis que l'on peut trier par auteur et voir tout ce qui est fait par telle personne ou sur telle thématique. Et ici, je peux avoir l'imprimerie, un générateur, qui fait que si je cherche Afrique, je peux rajouter tous les contenus et générer un impromptu sur mesure, là on est sur, une dimension plus interactive avec le fait que les salariés puissent rajouter des chapitres, qui permet de générer un endroit de publication sur mesure de leur contenu.
Il y a plein de gens qui font des sites internet extrêmement classiques, pourquoi ? parce que, il suffit de se connecter, et c'est très facile à changer, à éditer, tu n'es pas obligé de passer sans arrêt par un développeur qui va te rajouter des nouvelles fonctionnalités. Depuis quelques années. Alexis Kaufman accompagne le développement d'outils.
Libre dans le numérique éducatif. Est-ce que tu lui as quelques exemples dans ce domaine ?
Au niveau de la dimension éducative, ça a été pas mal utilisé.
Par exemple pour des mastères où ils font une espèce de base de connaissances (veille, contenus, mémoires, thésaurus) et, à la fin de chaque mastère, ils transfèrent la base de connaissances au mastère suivant : ils transmettent ces communs numériques d'une promotion à l'autre, pour que la promotion suivante en prenne soin et ne réinvente pas la poudre, mais complète, qui a été ce qui a été fait précédemment. Voir ils transmettent le, ce commun, va dire ces communs numériques de d'une promotion à l'autre, pour que, du coup, la promotion suivante prenne soin.
Et ne réinvente pas la poudre, mais du coup complète, qui a été ce qui a été fait précédemment.
Voir Interview de Bénedicte Gastineau, vers un fonctionnement collaboratif d’un laboratoire de recherche et d’enseignement et Enseigner en mode collaboratif interview de Bénédicte Gastineau, enseignante en Master 2 « Mathématiques appliquées aux sciences sociales )
Il y a eu tous les MOOC qui ont été faits par plusieurs réseaux, dont le réseau des Colibris des MOOC réalisés avec le système de LMS qui est extrêmement utilisé et où beaucoup de contenu ont été produits. Côté enseignement secondaire (collèges, lycées) il y a eu des usages, mais je ne connais pas bien. Du côté des collectivités locales Est ce qu'il y a des villes qui font la promotion un peu de ce type d'outils ?
Il y a par exemple wiki-brest réalisé avec mediawiki, c'est une encyclopédie territoriale à l'initiative de la ville de brest pour donner à voir des contenus locaux sur le patrimoine, la vie au pays de Brest avec une écriture éventuellement subjective (du récit, du vécu) à la différence de wikipedia où les contenus sont à< des fins universelles, parce qu'on y a plein de contenus qui sont des contenus locaux, qui méritent d'être assemblés.
Et dans les réseaux de diffusion est ce qu'il ya des acteurs locaux qui proposent cet outil, et accompagnent les utilisateurs ?
Le CNFPT Nouvelle Aquitaine a mis en place une ferme à wiki, un générateur de wiki avec tout un tas de projets, un annuaire des espaces innovants dans l'établissement, si je veux demander la création d'un wiki, j'ai juste un petit formulaire à remplir. Quand ils accompagnent un projet ils ouvrent un wiki, qui devient l'espace du projet. Dans la ferme à wiki, soit tu proposes aux gens des wikis tout vide, soit tu peux faire des modèles de wiki pour gérer des projets, pour organiser des événements, avec un outil qui est déjà préprogrammé. Est ce qu'il y a des réseaux, un peu institutionnels comme des CRESS, qui développentl'usage des wikis ?
Proposer un wiki c'est être prêt à faire la collaboration de la coopération, voire de la coopération ouverte. Beaucoup d'organismes sont plutôt dans une logique de publier des contenus pour les autres, mais pas forcément dans une logique de coopération – collaboration. Et c'est plus facile de faire un joli wordpress pour un site qui est géré par un webmaster, plutôt que d'avoir un espace qui est co-construit. Yes-wiki est fait pour donner du poids aux animateurs et, si possible, donner du pouvoir aux personnes qui sont dans la communauté. Donc il faut être dans cette posture là ce qui n'est pas souvent le cas dans les collectivités, dans ces grosses structures qui déploient dans des logiques qui se disent réseau mais qui sont plutôt dans des logiques fédérales que dans cette idée de coopération ouverte. Sur Yeswiki il ya un site avec un tutoriel, mais est-ce qu'il y a aussi une communauté un peu comme dans la communauté de la robustesse, « ils peuvent « en parler » de personnes qui peuvent accompagner ou proposer des formations
Si on va sur le site Yeswiki.net, il y a un onglet « communauté », où j'ai accès à un forum d'entraide extrêmement dynamique, on peut ouvrir un canal de discussion sur framateam avec une quantité de salons différents qui permettent de discuter ; il y a un petit annuaire des personnes qui sont capables de vous accompagner, des personnes qui sont potentiellement sollicitables, certaines vont fonctionner de manière gratuite, d'autres moyennant rémunération.
Yeswiki et Robustesse
Pour toi, c'est quoi un outil numérique qui s'inspire de la robustesse et en quoi yes wiki participe à cela ?
Le site: la robustesse.org c'est un yeswiki !
On peut prendre les principes robustes, les principes inspirés du vivant : quand on s'amuse à regarder le vivant, le vivant, est grosso modo adaptable. Si on regarde la manière dont fonctionne wiki, il est fait pour être éminemment adaptable, adaptable et non pas adapté ! Parfois des gens arrivent et demandent : il faudrait un wiki spécial pour organiser ceci ou cela, nous, ce que l'on veut, c'est un outil un peu couteau suisse, pour que les personnes puissent l'adapter, ce sont les usages des personnes qui sont importants, Etant sur cet outil depuis maintenant une vingtaine d'années, je suis éminemment surpris, à chaque fois que l'on fait des coding party, il y a une séquence « montrer ces wikis » et là, on s'aperçoit qu'il y en a qui font des wikis pour des radios associatives, pour des groupes de militants, pour des intranets, pour des jeux de cartes sur des sujets extrêmement variés. L'adaptabilité c'est le fait que les gens puissent le tordre dans des sens extrêmement différents. Tous les composants autour de ce côté d'affichage, tu peux les tordre de plein de manières différentes et ça fait un nombre de combinaisons qui est vraiment énorme.
Dans le vivant il y a de l'aléatoire, évidemment. On retreouve ce côté aléatoire, quand on fait une coding party, le fait de mettre autour de la table des gens qui n'y connaissent rien, des gens qui ont un usage avancé, des gens qui sont formateurs, des gens qui sont développeurs, et puis, dans les développeurs certains avancés. Une fois, je me rappelle un développeur est venu parce qu'il avait entendu parler de cette coding party qui est un grand spécialiste d'une bibliothèque qui permet de générer des pdf. Il s'est mis dans un petit coin et il a fait le générateur qui permet de prendre des cartes éclatées et les imprimer et ainsi de fabriquer des objets tangibles. C'est une personne qui est passée par là par hasard, sans qu'un plan soit fait.
Ce qui rejoint aussi le côté, inachèvement, c'est un projet, qui a des grandes tendances. On sait, qu'on veut aller vers plus d'interopérabilité, par contre, qu'est ce que ça va donner, quand, et comment, ça on ne le sait pas trop !
Le côté compostable, respect des cycles, c'est le fait que on puisse aspirer des contenus d'un site à l'autre. Ici il y a un petit truc dupliquer la carte, je peux la dupliquer au sein d'un wiki, mais je peux la dupliquer sur un autre wiki, et que le contenu soit déplacé et vive sa propre vie. De la même-manière, si je vais ici dans la partie formulaire, je dois m'identifier pour cela, je peux importer des formulaires qui m'intéressent vus dans d'autres wikis. Si on dit qu'une feuille d'arbre peut s'envoler, et aller composter dans le champ qui est à côté ; dans yeswiki il ya cette idée de compostabilité des contenus.
On pourrait ainsi regarder les différents pricuipes du vivant …
Contribuer à la santé commune
Dans la robustesse y a vraiment deux éléments dans la robustesse : « rester stable à court terme et viable à long terme, malgré les fluctuations » ; dans la robustesse, les projets doivent contribuer à réparer la santé des personnes, la santé des écosystèmes et la santé des sociétés. Le logiciel en lui-même, je ne suis pas sûr qu'il contribue à réparer la santé des personnes à part être content d'avoir fait un site tout seul mais on peut dire que cela contribue à la santé des sociétés du fait que cela permet de faire de la coopération, réparer l'environnement, c'est peut-être un petit peu plus compliqué.
Ce qui est intéressant, c'est de voir les contenus qui sont faits par ces logiciels, là, on n'est plus sur le logiciel lui-même mais sur ce que permet de faire le logiciel on va le voir par exemple sur un site s'appelle « Trucs & astuces nature de (grands) parents en balade », ce sont des centaines de techniques d'animation pour que quand les parents et les grands-parents, emmènent leurs gamins dehors ; les gamins, n'aient pas envie de rentrer le plus rapidement possible pour se remettre devant une console ou un smartphone. Comment on peut se débrouiller si on prend la thématique bricoler, on peut avoir des trucs sur les matériels avec aucun matériel, il y a toute une tripotée de petits trucs que tu peux faire en fonction de l'âge de tes gamins, comme apprendre à faire du feu. Ce n'est pas un outil pour rester devant, devant l'ordi, mais pour que les parents et les grands-parents puissent faire des trucs sympa avec des contenus qui sont plutôt liés à l'environnement avec une petite licence creative commons qui va bien ce sont des contenus qui, peut-être, contribuent, on l'espère, à ce que le monde soit un peu moins pourri que celui dans lequel on est déjà.
On essaie d'encourager des usages auprès des acteurs des transitions, et avec quatre cents personnes, on fait de l'hébergement yes wiki un peu spécifique ; en fonction de la nature des projets cela peux être gratuit pour eux, quand des personnes arrivent avec des projets qui ont du sens et qui contribuent à la robustesse et notamment à réparer la fameuse santé commune, nous, on est prêts à accompagner, gratuitement et ça nous arrive aussi de dire aux personnes qui nous commande du boulot : voilà nos tarifs, c'est entre zéro et deux mille euros jour ; i vous payez deux mille euros jour, ça nous permettra de faire plein d'hébergement et d'accompagnement gratuit pour des structures qui contribuent à réparer la santé commune ; et du coup, on peut faire du monétaire et non du monétaire, on peut faire un un peu comme les cafés suspendus. On va aller sur l'échos des lisières, une structure qui s'est montée là, dans le sud de la france, si je vais voir les contenus "Éducation à l'environnement" puis ressources pédagogiques, les ressources pour l'enseignant sont des ressources qui sont fabriquées par les belges qui font vraiment des trucs super sympa pour les familles, on va retrouver mon trucs et astuces pour les parents, grands parents, balade. Ce sont deux sites différents mais le fait que les contenus soient pensés comme étant réutilisables et que la technologie permet de faire ça en trois clics produit des contenus que l'on on ne trouve pas simplement dans des liens, les contenus s'affichent ici et cela veut dire que si les gens qui sont dans le sud de la france, modifient ce contenu, ça le modifiera aussi en belgique.
On est vraiment sur un fonctionnement en archipel et l'outil se met au service de ce fonctionnement en archipel. Et pour aller un petit cran plus loin, actuellement, les structures qui ont envie que le monde aille mieux, fonctionnent beaucoup en silo et avec quelques-uns parlent de la tragédie du LSD, (libre solidaire et durable) et comment on se débrouille pour que les libristes d'un côté, donc ceux qui font du logiciel libre, les solidaristes ceux qui s'occupent plutôt de la santé des personnes et des sociétés, les durabilistes qui s'occupe plutôt de la santé de l'environnement, comment faire pour que la technologie que l'on met en œuvre, permettent à ces mondes-là de se frotter. Cet exemple-là, montre comment une logique de libristes permet à des durabilistes qui sont aux quatre coins de l'europe, d'avoir des contenus qui s'amplifient et qui en quelques clics permettent que les contenus de l'un soient affichés de l'autre côté. Un peu de manière détournée, cela contribue à la santé commune, qui est une notion trop oubliée quand on parle de robustesse.